Depuis ma maison, je sens des vibrations bizarres. De gros bruits sourds viennent du dehors. Nous sommes début avril 2012, le dernier corps de ferme de la route du Polygone, au n° 38, s’effondre sous les coups des griffes brutales du tractopelle.

Je suis triste. Toute une partie de mon enfance est en train de disparaitre sous des gravats. Sont réduits en poussière les souvenirs que j’avais de cette bâtisse occupée par la famille Kientz pendant au moins trois générations. Du haut de mes 8 ans, dans les années 70 nous n’avions pas besoin d’aller au marché pour acheter nos légumes. Derrière la ferme se trouvait un immense jardin où étaient cultivées toutes sortes de fruits et de produits maraîchers. J’y allais avec Mme Kientz que je considérais comme ma grand-mère, suivi de son chien « Mopele » pour y récolter les produits frais et surtout sans pesticides.

Avant de retourner chez moi, je visitais la ferme, j’aimais regarder les cochons, poules, coqs ou poussins. Je m’arrêtais ensuite au n°40 pour observer le maréchal ferrant M. Kopff, qui clouait des sabots aux chevaux trottant de temps en temps dans le quartier. Je faisais un petit coucou à Mme Ringenwald, la corsetière dont la boutique a été remplacée par la Pizzéria Nina, ainsi qu’à Mme Lentz, la coiffeuse d’en face et à M. Maennel, l’artisan modeleur qui avait son atelier derrière le salon devenu le restaurant le Beyrouth. Je rejoignais mes parents en passant par la porte cochère au n° 42, où se situait d’antan le restaurant Schwiezerhof et depuis, j’y passe toujours et encore de merveilleux moments.

Juin 2014, le corps de ferme a laissé place à plus d’une trentaine de nouveaux voisins au 38, à qui je souhaite de vivre d’aussi belles choses que moi dans ce magnifique quartier. Espérant avoir pu ranimer de lointains souvenirs aux anciens de Neudorf.

Thierry KAMINSKÉ – Neudorfois depuis 1962

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