Avant la guerre et l’occupation allemande fin des années 30 au début des années 40, c’était un lieu plaisant et prisé par le strasbourgeois et touristes surtout l’été. Suite à ces épisodes douloureux, le quartier Port du Rhin est longtemps resté en marge de la ville par sa situation géographique, sa désindustrialisation et son appauvrissement. Le 4 avril 2009, un autre fait bouleverse le quartier. Alors que se tient le 60e anniversaire du sommet de l’OTAN co-organisé par les villes de Strasbourg et Kehl, des centaines de militants opposés à l’évènement s’en prennent violemment au quartier.

Le bilan est lourd. La pharmacie, l’office du tourisme, le centre régional des douanes, l’ancien poste-frontières, un distributeur de billets et un hôtel sont incendiés. Plusieurs dizaines d’entreprises sont vandalisées, ainsi que la chapelle et le mobilier urbain. Cette journée a considérablement marqué les habitants du Port du Rhin et la ville de Strasbourg. Huit ans après, le quartier est en pleine mutation. Les objectifs de cette transformation sont clairs : faire du Port du Rhin, « le deuxième quartier européen de Strasbourg ».

Une révolte violente, point de départ d’un renouveau

Difficile de trouver des points positifs à cette journée du 4 avril 2009. Pourtant, cette date semble être le point de départ du renouveau du Port du Rhin et des projets menés pour son désenclavement. Après avoir constaté les dégâts des émeutes, la Ville a mis en place un plan de reconstruction et de rénovation des bâtiments endommagés mais aussi du quartier dans son ensemble. 134 millions d’euros ont été mis à disposition pour la construction de nouveaux logements, la restructuration de l’école du Port du Rhin ou encore le développement des transports et l’ouverture vers Kehl.

De 2012 à aujourd’hui, le renouvellement urbain du quartier a bien avancé : construction de nouveaux logements, rénovation, aménagement de la place de l’Hippodrome et cette année l’ouverture en février de la clinique Rhéna – Regroupement Hospitalier d’Excellence Né d’une Alliance -, symbole fort du rassemblement des cliniques Adassa, Diaconat et Saint-Odile. Pour compléter cette offre médiale, la Maison Urbaine de Santé devrait faire son apparition dans les mois à venir selon Christine Kieffer, présidente de l’Association des Résidents du Port du Rhin. Cet espace proposera plusieurs services de santé nécessaires au quotidien des habitants et comblera le manque de médecins généralistes, de dentistes ou encore de kinésithérapeutes.

L’événement en date le plus marquant est l’inauguration de l’extension de la ligne de tram D vers Kehl en avril qui renforce les liens amicaux entre les deux villes européennes, facilite le déplacement des Strasbourgeois vers l’Allemagne et offre une autre alternative de transport que les bus des lignes 2 et 21 aux habitants du Port du Rhin qui souhaitent rejoindre le centre-ville.

La réussite de cette transformation urbaine passe aussi par des propositions pour le développement économique.

Des projets pour la relance économique

Durant des années, le port et ses alentours étaient prisés par de nombreuses entreprises, en témoignent les 8 hectares d’installations autour de la Coop, ancienne enseigne de distribution qui y avait installé son siège social en 1911 dont les vestiges trônent toujours dans le quartier. Après des années de dépérissement la Ville a décidé de donner une nouvelle vie à ces friches industrielles.  Alain Fontanel, premier adjoint au maire, expliquait vouloir conserver “le patrimoine matériel et immatériel” de cet ancien pôle industriel du quartier. Plusieurs projets ont été définis. Le site de la Coop sera transformé en un pôle culturel économique et citoyen ouvert en continu même les weekends.

A l’ancienne menuiserie sera implanté un Fablab, un atelier coopératif de création grâce à la mise à disposition d’outils. Il sera ouvert à tous à condition de s’y abonner. Cependant, les 1900 m2 de l’ancien garage vont être répartis entre plusieurs collectifs d’artistes, dont la Semencerie, qui quitte finalement son hangar dans le quartier de la Laiterie. Le bâtiment de la cave à vin sera a priori partagé par un restaurant, des bureaux et un lieu de concerts. Celui de l’Union sociale deviendra le centre de conservation des collections des musées de Strasbourg.

La création de nouveaux commerces et service de proximité n’est pas en reste. Derrière la clinique Rhéna, le projet îlot bois devrait sortir de terre d’ici 2018. Un projet de construction en bois biosourcé à énergie positive sur trois immeubles dont les 30% de la surface seront réservés aux commerces et autres activités. Dès cette rentrée, on note déjà l’ouverture de banque, d’une crèche, d’un nouveau bureau de poste et d’autres commerces.

Le Port autonome de Strasbourg en conquête

Dans cette tentative de relance économique du quartier, le port autonome de Strasbourg (PAS) a également sa carte à jouer. Le PAS s’étend sur 10 km de long et 1 km de large et traverse plusieurs quartiers de Strasbourg dont le Port du Rhin qui s’est en quelque sorte construit autour des industries implantées sur les terrains gérés par le PAS. Le PAS concentre 10 000 emplois et accueille 320 entreprises aux domaines d’activités variés et complémentaires : transport de fret ou de passagers, logistique, industries, entreprises agro-alimentaires, métallurgiques, traitement des déchets, hébergeur web, etc. Pour continuer à séduire les entreprises et à les inciter à s’implanter sur ses terres, il mise sur sa multimodalité, ses infrastructures, sa proximité directe avec le centre-ville, la nouvelle signalétique plus intuitive, une offre de transport urbain, un réseau de piste cyclables, une .démarche d’écologie industrielle permettant aux entreprises qui le souhaitent de réaliser des économies (plus de 3 500 tonnes de déchets papier-carton sont valorisées sur le site).

D’ici 2020, le PAS quittera définitivement ses locaux au centre-Ville pour installer son siège social au Port du Rhin comme pour marquer son engagement dans le dynamisme de la zone portuaire.

Les derniers chiffres sur l’activité du PAS :

8 000 000 tonnes de marchandises /an

420 000 EVP/an  (420 000 conteneurs)

100 km de voie ferré

150 000 croisiéristes par an

4500 escales de bateaux (commerces et croisières) par an

2e port fluvial de France

4 ports : Strasbourg, Lauterbourg, Beinheim, Marckolsheim.

100 km de façade fluviale.

2 filiales : RET et BATORAMA

1 050 hectares à Strasbourg

200 hectares de bassins

10 km de long et 1 km de large à Strasbourg

40 heures de navigation jusqu’à la mer du Nord

320 entreprises

10 000 emplois

9% de l’emploi strasbourgeois

46% d’emploi industriels dans le port

Démarche d’écologie industrielle

+ de 3 500 tonnes de déchets papier-carton valorisées localement

Mutualisation station de lavage et services,

L’éducation et la formation, des solutions aux problèmes sociaux et sociétaux intrinsèques

Derrière cette nouvelle façade du quartier aux fières allures, il reste encore à résoudre des problèmes sociaux et sociétaux plus profonds à résoudre notamment pour les habitants de la cité historique Louis Loucheur. L’enclavement de la cité entre la voie ferrée, le Rhin et la RN4 a conduit à un comportement de marginalisation et de recul identitaire chez certains. L’arrivée des nouveaux habitants dès 2013 après la livraison de nouveaux logements n’a pas réussi à créer la mixité entre ancien et nouveaux habitants (plus aisées) tel que l’envisageait la Ville.

La transformation urbaine en cours n’a pas encore réussi à rehausser les courbes de la pauvreté et du chômage (taux de chômage proche des 50%). “On présente souvent tout ce projet aux habitants ici mais dans le fond, ils ne sont pas concernés directement. C’est bien, il y a le tram qui vient, mais mon appartement, ma cité, mes problèmes, ma facture de chauffage, mes moisissures dans la salle de bain, ne changent pas. C’est un petit peu la faiblesse du projet.” explique Christophe Bronn, membre de l’association OPI (Orientation Prévention Insertion) qui lutte pour une éducation de qualité auprès des jeunes.

Le renforcement du système éducatif est l’une des solutions envisagées. C’est dans cette optique que la ville de Strasbourg a fait le choix de rénover l’école du Rhin. Construite en 1936, il était devenu nécessaire de l’agrandir. Cette école élémentaire devait accueillir les enfants des familles occupant les nouveaux logements, au même titre que ceux vivant dans le vieux Port du Rhin. Atout supplémentaire, une classe bilingue allemand a été créée. Pourtant, le poste de professeur d’allemand est resté vacant de longs mois, poussant certains parents à retirer leurs enfants de l’école. Le poste devrait être à nouveau occupé à la rentrée 2017.

Pour redresser la courbe du chômage dans le quartier, Au Port’Unes, entreprise  d’insertion spécialisée dans le nettoyage veut redonner aux demandeurs d’emploi un « profil embauchable » en leur offrant une expérience professionnelle encadrée : “Nous employons et encadrons des personnes qui sont éloignées de l’emploi pour les accompagner sur ce marché, puisque nous n’avons pas vocation à garder les gens dans l’entreprise en CDI. Ils construisent un projet professionnel et nous les accompagnons dans la réalisation de ce projet. Et on les forme à nos métiers, comme la propreté ou la déconstruction.” affirme Marie-Pia Meyer, gérante d’Au Port’Unes.

Education : “Une mission de prévention auprès de la population”

3 questions à Christophe Bronn, chef de service éducatif à l’OPI (Orientation-Prévention-Insertion) Port du Rhin :

Quelle est la mission de l’OPI dans le quartier ?

Nous sommes des éducateurs qui menons une mission de prévention des risques de décrochages scolaires et d’aide à la scolarité auprès des habitants. Pour cela, nous travaillons avec l’école du Rhin et le collège Vauban. Nous devons également faire un travail d’insertion sociale et professionnelle auprès des jeunes.

Comment se passe la scolarisation des enfants ?

Il y a des phénomènes d’évitement de l’école, comme on dit pudiquement à l’éducation nationale, mais les raisons sont multiples. Ce serait vraiment trop caricatural de dire que c’est juste une question de classes sociales qui n’arrivent pas à se côtoyer.

Les enfants décrochent de plus en plus tôt. On voit par exemple de l’absentéisme à l’école primaire. Et à cet âge-là ce ne sont pas tellement les enfants qui décident de ne pas aller à l’école mais ce sont les parents qui ne voient pas forcément l’importance d’être strictes. De plus, les élèves sont issus de familles pauvres et arrivent avec toutes ces questions liées à d’autres précarités, pas seulement scolaires mais aussi celles de vivre, de manger, de se chauffer, de savoir comment finir le mois…

Quelles sont les actions menées pour y remédier ?

Dans nos misions, nous intervenons également sur les thématiques autour de la relation parents/enfants où il est question de montrer aux parents et enfants comment ils peuvent se faire aider et s’entraider. Nous faisons des descentes sur le terrain en allant dans le quartier, dans la rue, chez nos partenaires, là où se manifestent les problèmes sociaux.

Rencontre avec Christine Kieffer, la mémoire vivante du Port du Rhin

“On la surnomme Madame le Maire, même si ça ne lui plait pas”, en rigole la directrice de l’entreprise d’insertion Au Port’Unes, Marie-Pia Meyer. Christine Kieffer, 58 ans,  est une personnalité incontournable du quartier du Port du Rhin. Elle a toujours vécu au Port du Rhin et y a été scolarisée. Elle connaît presque tout le monde dans ce “village”, dont elle a vu toutes les évolutions récentes. Des changements à la cité Loucheur à l’arrivée du Tram en avril dernier, le quartier bouge et Christine Kieffer en est la mémoire.

Présidente de l’ARPORT (Association des Résidents du Port du Rhin), membre du conseil de quartier et du conseil citoyen ou responsable de la gestion du matériel de la paroisse de l’Église Sainte-Jeanne-d’Arc de Strasbourg, Christine Kieffer s’implique dans plusieurs secteurs, et pas uniquement dans le milieu associatif. Parfois, il lui arrive de “signaler au service de l’électricité de la Ville du disfonctionnement d’un lampadaire”.

“Tu me fous la paix, je te fous la paix. Tu me cherches, alors là, je ne rigole pas”

Dans le passé, elle était parfois une sorte de police de quartier à elle seule. A la fin des années 90, à l’époque où la criminalité était élevée, elle prévenait les personnes qui venaient en voiture de faire attention, un carjacking pouvant vite se produire. Aujourd’hui encore, elle essaie de lutter contre la criminalité à son échelle. Mais ce n’est pas évident. Christine Kieffer a déjà déposé des mains-courantes pour éviter des représailles. Mais celle qui est parfois traitée de balance n’a pas peur : “Tu me fous la paix, je te fous la paix. Tu me cherches, alors là, je ne rigole pas”, affirme-t-elle.

Christine Kieffer Kiffer n’a jamais eu l’intention de quitter son quartier. Elle veut poursuivre ses engagements. Et même si elle semble un peu fataliste, elle espère un futur positif : “Je crois à ce meilleur qui va arriver, même si il n’y a, aujourd’hui, pas beaucoup de raisons pour. Heureusement qu’il y a quelques instances qui essaient de faire avancer les choses.” Et Christine Kieffer continuera de se battre à leurs côtés.

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